dimanche 21 octobre 2012

Trézène


Une fois n'est pas coutume, pour vous parler du site archéologique de Trézène, situé à quelques km de Galatas,  je m'en remets à Jacques Lacarrière, qui lui consacre un chapitre dans son "Dictionnaire amoureux de la Grèce". 

Trèzène : la basilique

"Il fait jour encore. Je monte le long de la colline, je m'assieds dans l'herbe, je regarde : à droite, au loin, les maisons blanches de Poros semblent posées au ras de l'eau comme les superstructures d'un navire englouti. Devant moi, jusqu'à la route, les ruines du sanctuaire d'Hippolyte, affleurant sous les herbes folles, puis les vestiges d'une église byzantine construite sur le site d'un ancien temple et, plus loin, quelques pierres éparses : le tombeau de Phèdre, dit-on, ou celui d'Hippolyte. 

Trèzène : le sanctuaire d'Hippolyte

(...)Sur la gauche, un peu plus haut, se trouve une petite ferme. Elle recouvre, dit-on l'emplacement du temps d'Aphrodite-la-Protectrice d'où Phèdre admirait les exercices d'Hippolyte. Je m'approche et je regarde à nouveau le paysage, la route qui se perd dans les roseaux bordant la mer. Y avait-il ces roseaux sur ce rivage quand Hippolyte quitta les "portes de Trézène", chassé par son père Thésée ? Il est des lieux, en Grèce, qui s'accordent admirablement aux légendes qui s'y rapportent : l'âpreté impitoyable de Mycènes et les crimes des Atrides, le relief torturé de Delphes et le combat d'Apollon et du serpent Python. Ici, dans ce paysage doux et calme, rien n'évoque le drame sanglant de Phèdre, l'inceste, la souillure, les délires du corps et de l'âme, la folie, le suicide, la honte des désirs inavouables, tout cet univers de forces inconscientes émergeant brusquement à la lumière, une lumière elle-même horrifiée, livide, insoutenable...

Trèzène

(...) A la place qu'occupait Hippolyte je ne vois qu'un berger adossé à l'église : il vient de s'éveiller, il se lève, appelle son chien, rassemble le troupeau et se dirige plus haut, vers les versants. Quelle est la vérité de Trézène ? Celle d'une reine hurlant à la mort à la face du soleil, d'un homme déchiqueté le long d'un rivage, d'âmes et de corps broyés par les monstres que nous abritons en nous-mêmes ? Ou celle d'un berger somnolent au soleil et poussant, après deux mille ans, le même cri aigu pour rassembler ses bêtes dans la lumière de l'aube ?"


Trèzène : la basilique

Ce texte traduit merveilleusement l'impression d'intemporalité et de calme que j'ai ressentie lorsque je me suis arrêtée dans ce lieu. 

Le site ne justifie pas, à lui seul, le déplacement mais si vous séjournez sur l'île de Poros, alors ne manquez pas de vous y rendre.

7 commentaires:

  1. Bravo Amartia pour ton billet, une belle invitation à la rêverie!

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  2. Merci pour ce texte magnifique, et l'envie de voyage, de découverte qu'il suggère !

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  3. Et tout cela sur fond de coquelicots, magnifique !
    Parfait pour commencer la semaine !

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  4. Merci pour cette visite; pour moi le Péloponèse est indissociable des coquelicots, eux si fragiles près d'antiques vestiges.

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  5. Passionnant. J'ai adoré le texte que tu as choisi, et le contraste entre la violence de ce qu'il rappelle avec la tranquillité de tes photos. Voilà un billet très précieux, assurément, merci de l'avoir partagé.

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  6. Des sites comme celui-ci qui respirent le calme et la plénitude.... Merci pour cette visite !
    A bientôt

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  7. J'ai aime ce site, pourtant bien moins spectaculaire que tant d'autres. Collé contre la montagne aride, il est beau au printemps comme en automne, et malgré l'abandon qui le condamne à se détériorer encore plus, je me prends à espérer qu'il reste en l'état, ignoré du plus grand nombre - égoïstement, je te l'accorde. Il reste pour moi associé à la campagne d'Argolide, avec ses fleurs, ses herbes, ses chardons ... Un endroit enchanteur.

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